Vingt-deuxième journée

Ponte di Legno – Edolo, par, Villa Dalegno, Lecanù, Vione, Vezza d’Oglio, Al Vago et Mù.

Ce matin, à Ponte di Legno, je me suis réveillé au grondement du torrent Frigidolfo, qui passe à quelques mètres de l’Algergo Cervo. Ce grondement, que j’avais tout d’abord pris pour une ventilation, m’a bercé toute la nuit.

Cette photo date de la veille au soir. Ce matin, le temps était couvert. En arrivant à Villa Dalegno, j’ai d’ailleurs croisé un gros nuage.

Cela a duré quelque peu et le nuage était suivi de plusieurs de ses semblables, si bien qu’une partie du trajet s’est faite dans le brouillard.

Sans problèmes toutefois. La Ciclovia Karolingia – Charlemagne est, semble-t-il, passé par là – est large à souhait et parfaitement balisée.

Le brouillard s’est ensuite dissipé, les nuages ont rejoint le ciel et le soleil s’est finalement montré…

… avant que je ne sois arrivé à l’Euro Hotel d’Edolo.

Vingt-et-unième journée

Vermiglio – Ponte di Legno, par le Passo del Tonale.

Le soleil était de la partie, ce matin, pour remonter la vallée. Des anciennes routes, d’abord en dessus, puis en dessous de la route principale, permettaient de profiter du paysage.

la montée est devenue plus vive, sur les derniers kilomètres, mais elle passait bien. Un peu d’effort agrémenté de rêveries, le bruit d’un torrent, au loin, et le chant des oiseaux.

En arrivant en haut, c’était une surprise de découvrir une ville.

Plutôt que par la route, on peut la rejoindre en suivant un sentier qui traverse une tourbière. Les passages les plus marécageux sont recouverts de rondins, ce qui permet de passer à pied sec.

La ville semble morte, ou plutôt en hibernation. Tout y est fermé. Ou presque, il y avait Juste un bar ouvert, où j’ai pu commander un chocolat chaud.

Le temps de le boire et le ciel est devenu noir, la pluie s’est mise à tomber.

Le début de la descente, n’était pas particulièrement agréable. Mais le temps s’est tout de même amélioré, dégageant la vue sur l’autre versant du col…

… celui qui descend sur Ponte di Legno, où m’attendait l’Albergo Cervo.

Vingtième journée

Arnago – Vermiglio, par Magras, Malé, Dimaro, Almazzago, Mezzana, Pellizzano, Fucine et Fraviano.

Il paraît qu’un orage violent a éclaté sur Arnago la nuit dernière. Je n’ai rien remarqué. Il faut dire que j’avais fini la journée dans l’unique bar du village. Tout le monde était là, je crois. Et tout le monde parlait. Et on s’intéressait à mon voyage.

On n’est plus dans le Tyrol à présent. L’allemand ne me sert plus à grand chose. Je me suis efforcé de baragouiner quelque chose qui, la bière aidant, s’approchait, j’espère, un peu de l’italien. Je n’ai de loin pas compris tout ce qui se disait. Et je ne sais pas ce que toutes ces personnes ont compris de mes récits. Mais l’atmosphère était sympathique, le fromage et le saucisson coupés sur la table excellents et la bière désaltérante.

Quand tout le monde est reparti, pour aller souper chacun chez soi, j’étais rassasié et fatigué. Je suis remonté à la Marmotta et me suis endormi rapidement.

Ce matin, le temps était dégagé, parfait pour une nouvelle journée de marche.

De Malé à Fucine, j’ai pu profiter de la piste cyclable et piétonne du Val di Sole. Elle remonte le torrent Noce. Une montée douce, au cours de laquelle chaque vallée montre de nouvelles montagnes.

Moins découpées que dans les Dolomites, les montagnes sont ici plus hautes. La plupart des sommets enneigés qu’on peut voir dépassent les 3500 mètres d’altitude.

Pour les derniers kilomètres, plus de piste cyclable. Juste une route agricole qui monte de manière beaucoup moins douce. Mais on est bientôt arrivé à Vermiglio, où je dormirai à l’Albergo Alpine.

Dix-neuvième journée

Ronzone – Arango, par Sarnonico, Romeno, Dambel, Revò, Gagnò, Cis, Bozzana, Bordiana, Tozzaga, San Giacomo, Samoclevo et Terzolas.

De ce côté-ci de l’Adige, les paysages semblent plus doux, moins tourmentés que dans les Dolomites.

Ce n’est pourtant qu’une impression superficielle. Dès qu’on s’approche des cours d’eau, la vallée s’effondre brusquement. Et les routes et chemins, pour passer sur l’autre flanc, doivent s’adonner à des contorsions parfois surprenantes.

Le premier cours d’eau de la journée était le torrent Novella. On s’en approche par une route agricole en forte pente, jusqu’à un pont, d’où part un sentier permettant de visiter les gorges.

Il est très bien entretenu. Trop bien, en fait. Après plus d’un kilomètre et demi, il est soudain bloqué par des travaux. Pas moyen de passer. Par chance, les routes agricoles ne manquent pas dans les alentours. J’ai pu en rejoindre une sans trop galérer.

Plus loin, il faut traverser le torrent Pescara. La seule possibilité est la route nationale. Je suis surpris que plus de monde ne s’arrête pas sur le pont pour y prendre une photo :

Il faut ensuite traverser une série de petits villages de montagne…

… pour arriver, les pieds fatigués, au B&B La Marmotta, où je ferai étape ce soir.

Dix-huitième journée

Siebeneich – Ronzone, par Ponte d’Adige, Frangart, Girdan, St. Michael, Steinegger, Matschatsch, Mendelpass et Ruffré.

Il faisait (enfin !) grand beau, ce matin, au moment de quitter Siebeneich. En me dirigeant vers le col de Mendola, j’avais un peu l’impression de rechercher les derniers nuages.

Il faut, pour cela, commencer par traverser l’Adige…

… et puis quelques villages de la commune d’Appiano, notamment St. Michael, où quelqu’un m’a aimablement informé que l’itinéraire que je m’apprêtais à suivre n’était pas idéal et m’en a indiqué un autre, sur une carte que j’ai pu prendre avec moi.

Le chemin grimpe sacrément. Mais la vue sur la plaine justifie bien l’effort.

Après le col, le chemin redescend légèrement, en ouvrant la vue sur de nouvelles montagnes.

Mais celles-ci attendront. Pour aujourd’hui, je m’arrête à l’Hotel Stella delle Alpi.

Dix-septième journée

Welschnofen – Siebeneich, par Birchabruck, Bozen, Gries, et Moritzing.

Ce matin, Welschnofen (Nova Levante est la désignation italienne. Mais ici, dans le Tyrol du sud, tout le monde parle allemand), s’est réveillé sous une une forte pluie, qui n’a cessé que peu avant mon départ.

Mais pour descendre sur Bozen, il n’y avait que la route et quelques tronçons de pistes cyclables.

Je me suis bientôt retrouver devant un tunnel, de 450 mètres de long.

À défaut d’alternative, je m’y suis engagé. Il était éclairé et doté d’une sorte de petit trottoir. A chaque fois qu’un véhicule entrait, son bruit était brutalement amplifié et résonnait comme un long cri, qui ne s’estompait qu’une fois le véhicule sorti du tunnel.

Une piste cyclable m’a permis d’éviter le tunnel suivant. Mais j’ai fini par la perdre, vraisemblablement au moment où, la voie étant bloquée par des travaux, j’ai dû traverser la cuisine d’un restaurant – j’avais vraiment le sentiment d’être dans un rêve. Les deux cuisiniers m’ont aimablement permis de passer, « pour une fois ».

Mais je me suis ensuite retrouvé sur la route.

Et le prochain tunnel n’a pas tardé, long d’un kilomètre et demi, cette fois, et sans échappatoire. Je ne pouvais faire autrement que de m’y engager, malgré le signal interdisant l’accès aux piétons.

C’est long, un kilomètre et demi dans un tunnel, même lorsqu’il est bien éclairé et doté d’un trottoir (pour rejoindre les issues de secours).

Mais ce n’était pas fini : quelques mètres avant la sortie, le tunnel suivant était annoncé. Juste une petite interruption, qui m’a permis de prendre une photo…

… et c’était reparti pour un kilomètre (l’ancienne route qu’on voit sur la photo est condamnée).

Cette fois, j’ai rencontré un employé des tunnels qui m’a expliqué que l’accès était interdit aux piétons, que le tunnel était surveillé, que la police devrait intervenir. Je lui ai répondu que j’avais perdu mon chemin et que je n’avais pas eu d’autre choix que d’emprunter le tunnel. Il m’a laissé partir.

Encore cinq cents mètres, environ, avant de pouvoir enfin sortir à l’air libre et, finalement, traverser l’Eisack.

Et puis c’était Bolzane. La ville est charmante mais elle grouillait de touristes.

J’avais besoin de calme. J’ai donc continué jusqu’à Siebeneiche, où j’ai trouvé l’hôtel Kuhn.

Seizième journée

Passo Pordoi – Nova Levante, par Canazei, Campitello di Fassa, Pozza di Fassa, Vigo di Fassa, Vallonga, Passo Costalunga et Carezza.

Après que le brouillard qui s’était levé sur le col Pordoi en fin de soirée se fut dissipé, on serait bien resté un peu pour admirer le paysage…

… ou regarder les marmottes courir sur la neige.

Mais pour arriver à Nova Levante à une heure raisonnable, il a fallu attaquer la descente sur Canazei. Quelques pistes de ski, tout d’abord, puis un sentier forestier tout en lacets.

De Canazei à Pozza di Fassa, il y a une piste cyclable qui longe le torrent Avisio. On y avance, comme porté par le bruit de l’eau, en passant simplement d’une montagne…

… à une autre.

Mais tout ce paye. Il faut ensuite remonter, par la route, pour mériter, au passage, la photo souvenir du col de Costalunga…

… puis redescendre, avant de pouvoir, enfin, prendre du repos à l’Hotel Central.

Quinzième journée

Colle Santa Lucia – Passo Pordoi, par Rucavà, Collaz, Andraz, Pieve, Liviné, Renaz et Arabba.

La météo prédisait une journée pluvieuse, ce que l’allure du ciel ne semblait pas vouloir contredire, au moment de quitter Colle Santa Lucia.

La prédiction s’est d’ailleurs réalisée dès le milieu de la matinée. La pluie n’était pas très forte. Mais elle s’est installée, insistante, persévérante, bouchant l’horizon au fond des vallées, voilant les montagnes et ruisselant de partout.

La route, elle, longeait le flanc escarpé de la montagne.

Elle était suffisamment large pour que deux voitures puissent aisément se croiser sans me gêner. Mais le vide, en aval, était parfois surprenant, surtout lorsqu’on voyait que ce qu’on voyait en bas n’était pas le fond.

Puis la vallée s’est aplanie. A partir d’Arabba, il a même été possible de prendre des raccourcis pour éviter la trentaine de virages que compte la route pour arriver au col.

Il y avait de la neige – le chemin remontait des pistes de ski – mais il était la plupart du temps possible de la contourner.

Il y avait des marmottes, aussi, qui sifflaient…

… et tout plein de crocus, encore en boutons, …

… et, enfin, le col. Presque un petit village, avec en particulier l’hôtel Col di Lana, où j’ai pris une chambre pour la nuit.

Quatorzième journée

San Vito di Cadore – Colle Santa Lucia, par Serdes, Forcella Forada, Rifugio Città di Fiume, Pescul, Santa Fosca, Selva di Cadore et Pian.

L’Antelao était enfin dégagé, ce matin au départ de San Vito. Il aurait dû être l’attraction de l’itinéraire de la veille, qui passait juste en dessous. Mais son sommet était resté toute la journée dans les nuages.

Après quelques efforts, de plus haut et sans le soleil, on le voit encore mieux.

La montée vers la Forcella Fortada était rapide, mais sans difficultés. Le dernier bout, toutefois, était enneigé. Plus qu’hier. Le sentier avait fini par disparaître sous la neige.

Ce n’était pas trop grave, pourtant. Pas de risque de glisser bien bas et une petite cabane, en amont, permettait de s’orienter.

Le seul problème était que la neige, par endroit, était plus molle. Je me suis enfoncé à quelques reprises jusqu’aux genoux, et même jusqu’aux cuisses.

Pas de neige sur l’autre versant. Juste un peu de boue au début. Et, tout au long de la descente, la vue sur le Monte Pelmo et le Monte Pelmetto.

Encore quelques kilomètres de route, et voilà le Garni Césa dele Angele, où je dormirai ce soir.

Treizième journée

Calalzo di Cadore – San Vito di Cadore, par le Rifugio di Pietro Galassi.

Le ciel était couvert, ce matin au moment de quitter Calalzo di Cadore.

Mais la route était coupée en raison du passage du Giro dans la journée. Je n’avais donc pas vraiment le choix. Je suis parti dans la montagne.

Le patron de l’Albergo de Calalzo m’avait en outre assuré que le chemin était plus facile que celui que j’avais envisagé la veille. Il avait raison. Les dix premiers kilomètres suivaient une petite route, d’abord goudronnée, puis en terre. Et les montagnes étaient magnifiques.

Le sentier qui suivait, après le passage devant ces gorges…

…montait, certes, mais sans passages difficiles ou exposés. Sur sa seconde moitié, il était ici où là encombré de neige sur quelques mètres (une vingtaine au maximum) mais la suite du chemin était toujours visible et les nuages restaient à distance.

Après le refuge, qui est encore fermé à cette période de l’année, il s’est mis à pleuvoir. Il fallait encore monter d’une centaine de mètres, avec de la neige. Par rapport à ma vision d’hier, il manquait tout de même le brouillard et le fait de devoir chercher son chemin.

Sur l’autre versant, le chemin traversait, puis descendait un immense pierrier. Il était balisé et bien marqué. Mais les restes de neige et quelques éboulis récents rendaient la trace parfois difficile à suivre. C’est généralement alors que la caillasse devenait moins stable et semblait n’attendre qu’un pied pour se mettre à glisser. Oh, pas de beaucoup. Juste de quoi se faire une petite frayeur et se rappeler de ne pas relâcher l’attention.

Puis le pierrier à fait place aux pistes de skis (en verdure), puis à de petites routes qui m’ont conduit jusqu’à l’Albergo Alemagna où je pourrai me reposer.