Trente-deuxième journée

Dosso del Liro – Gravedona.

Décision difficile à prendre, aujourd’hui, d’interrompre ici, au moins provisoirement, cette traversée des Alpes. L’idée avait germé hier, pendant que je rebroussait chemin. Elle a mûri cette nuit, et s’est confirmée pendant la descente de 9 kilomètres qui sépare Dosso del Liro de Gravedona – l’occasion, en passant, de revoir, une fois encore, le Lac de Côme.

Ma douleur à la jambe n’était pas pire qu’hier, mais pas moindre non plus. Et les tendons enflammés ne sont pas réputés guérir à force de sollicitations…

Difficile, dans ces conditions, d’envisager des étapes de plus d’une dizaine de kilomètres par jour, et avec le moins de descente possible (dans les Alpes !). Et puis, marcher comme cela, en craignant constamment une aggravation, n’est plus vraiment un plaisir.

Il suffit pourtant que je m’assoie quelques instants pour que la douleur s’estompe et que ma décision vacille. Je ne la comprends plus. Ce n’est, finalement, pas si terrible. Ça passera… Mais ces (in)certitudes se dissipent, et redeviennent très hypothétiques, dès que je me remets à marcher.

En revenant sur les images que j’ai postées pendant ce mois dans l’arc alpin, je me rends compte que j’ai surtout montré les paysages.

Il y avait pourtant aussi beaucoup de fleurs. En voici quelques unes, prises sur les bords du chemin en Engadine…

… sur les hauts de Poschiavo…

… près de Vermiglio…

… ou en Slovénie.

Je poste ce petit bouquet, en guise d’au revoir et de remerciements à tous ceux qui m’ont soutenu et suivi.

Trente et unième journée

Gravedona – Dosso del Liro, par Negrana, Travisa, Traversa, Mulini, Civano, Pian delle Castagne, Piazza, Vincino, Alpe di Bragheggio, Vincino, Piazza et Pian delle Castagne.

Journée éprouvante et frustrante, aujourd’hui. Je m’étais préparé un itinéraire ambitieux, pour aller de Gravedona à Rovedero. Un itinéraire de contrebandier. Tout a bien commencé. L’ascencion, plutôt rude, apportait de nouveaux angles du vue au paysage d’hier.

Et comme les tendons de ma jambe droite ne se manifestaient pas à la montée, c’était parti pour continuer.

Et ça a continué.

Mais après quelques routes de montagne suivies de quelques sentiers de plus en plus étroits, je ne trouvais plus de chemin que sur ma carte. La trace GPS n’indiquait plus un sentier mais un endroit où on pouvait passer, puis des passages difficilement praticables et enfin des endroits où je ne pensais pas pouvoir passer. En piètre contrebandier, j’ai jugé préférable de revenir sur mes pas.

A la descente, mes tendons se sont réveillés. Une douleur tout à fait supportable, mais compliquée par la crainte qu’un faut pas provoque une aggravation subite qui m’empêche de marcher.

Et puis il a fallu retraverser ces champs de fougères, avec leurs minuscules tiques qu’il faut ensuite pourchasser sur tout le corps avant qu’ils ne se fixent.

Par chance, je n’ai pas eu à redescendre jusqu’à Gravedona. j’ai trouvé une chambre à La Fonte di Mariella, un gîte rural que j’avais repéré à la montée.

Trentième journée

Gravedona

Journée de repos, aujourd’hui. Juste quelques pas dans le village de Gravedona, pour aller de l’hôtel au bord du lac…

… et du bord du lac à l’hôtel, en passant par d’étroites ruelles.

Et toujours le même paysage…

… où seules changent la luminosité et la couverture nuageuse…

… ou encore le passage de la pluie, dont la magie fait disparaître les montagnes.

Vingt-neuvième journée

Sorico – Gravedona, par les bords du Lac de Côme.

Les tendons de mon releveur droit ont mal digéré la descente du Col de la Maloja. Il faut que je leur accorde un peu de repos.

Le camping ne me semblant pas vraiment approprié pour cela, je suis parti en longeant, lentement, sous un ciel radieux, les idylliques rives du Lac de Côme.

Les berges n’étaient pas encore trop animées. J’y ai croisé, outre des cygnes et des canards, quelques promeneuses et promeneurs, des cyclistes, et une couleuvre, qui, une fois qu’elle m’a aperçu, a finalement renoncé à sortir de l’eau.

Ah, il y avait aussi cette foulque, qui tenait absolument à se faire prendre en photo.

Et on était déjà presque arrivé à l’Hotel 2000, où j’ai pris une chambre pour deux nuits. On verra d’ici là ce que disent mes releveurs…

Vingt-huitième journée

Campedello – Sorico, par San Carlo, Loreto, Chiavenna, Casenda et Dascio.

Le temps était incertain, ce matin, lorsque je suis parti de Campedello.

En voyant les nuages s’amasser sur les sommets environnants, je n’étais pas mécontent d’avoir opté pour une étape suivant en grande partie une piste cyclable.

Cela ne m’a toutefois pas évité la pluie, qui s’est mise à tomber, quelque part, sur la longue ligne droite.

A partir de Casenda, plus de piste cyclable. Pour aller à Dascio, il n’y a qu’un sentier. Il commence par longer le Fiume Mera, dans une forêt où, par temps de pluie, il y a des moustiques. Tant qu’on marche assez vite, ils ne parviennent pas à nous piquer. Mais le sentier se mets bientôt à grimper. Plusieurs passages demandent, sur quelques mètres, de s’aider avec les mains. Il faut alors se décider entre choisir les bonnes prises et « semer » les moustiques. Et là, les moustiques ont le dessus.

Mais après quelques kilomètres, la pluie s’arrête, la forêt se dégage, et la vue sur le Lac de Mezzola, au nord…

… comme au sud, fait oublier les piqûres.

Il faut ensuite redescendre, pour arriver à Sorico, où je dormirai dans un bungalow du Camping Hotel Au Lac de Como.

Vingt-septième journée

Maloja – Campedello, par Casaccia, Roticcio, Vicosoprano, Coltura, Caccior, Promontogno, Bondo, Castasegna, San Barnaba, Villa di Chiavenna, Ponteggia, Santa Croce, Borgonovo di Piuro et Prosto.

Le brouillard finissait à peine de se dissiper, ce matin, au moment d’amorcer la descente du Col de la Maloja.

Il faisait encore bien frais, sur le sentier, bien aménagé, qui descend rapidement, en passant parfois par des endroits insolites.

Plus brutal, à la sortie de Promontogno, le rappel que ces montagnes, magnifiques, grandioses, impressionnantes…

… peuvent aussi provoquer de terribles catastrophes.

Les cicatrices de l’éboulement d’août 2017 sur Bondo sont encore bien visibles. A l’endroit où, selon ma carte, mon chemin devait croiser la grande route, il y avait un mur de gravas, qui endiguait la Bondasca. Une passerelle suspendue avait dû être construite pour permettre aux piétons de traverser digues et rivière.

Puis mon chemin a continué de descendre, entre montagnes et cascades…

… jusqu’à l’Hotel Aurora.

Vingt-sixième journée

Pontresina – Maloja, par Sankt Moritz, Surlej, Sils im Engadin, Ils Barchiröls, Isola, Plan Cuncheta, Cresta et La Motta.

Des souvenirs de mon précédent séjour à Protresina, il y a près de quarante ans, je retrouve aujourd’hui les larges chemins, traversant, presque à plat, des bois de pins ou de mélèzes et où les écureuils ont la patience de prendre la pose, accrochés au tronc d’un arbre, avant de disparaître dans les branches.

Ces chemins longent ensuite toute une série de lacs…

… entourés de montagnes grandioses…

… d’où se précipitent des cascades bouillonnantes.

J’ai particulièrement apprécié le clapotis des vagues du Lac de Sils, au bord duquel je me suis reposé quelques instants.

Sur les chemins de l’Engadine, j’ai vraisemblablement croisé, aujourd’hui, plus de randonneurs et de cyclistes, que sur l’ensemble des chemins que j’ai suivis depuis Trieste. Et pourtant, bien qu’on soit samedi, tout semble fermé, ici, dès qu’on s’éloigne un peu de Pontresina ou de St-Moritz.

Même le Sporthotel, où j’avais réservé une chambre pour cette nuit, était fermé lorsque je suis arrivé à Maloja. J’ai attendu près de deux heures, sous un ciel tour à tour gris et menaçant ou ensoleillé. Lorsque la pluie s’est vraiment mise à tomber, la porte s’est ouverte.

Vingt-cinquième journée

Poschiavo – Pontresina, par Cavaglia, Pozzo del Drago, Ospizio Bernina, Alpe di Bondo, Bernina Suot et Morteratsch.

Le soleil se hissant au dessus du Pizzo Sassalbo, ce matin, promettait une belle journée.

Et la montée, plus douce que celle d’hier, ne pouvait que le confirmer.

Pourtant, il a fallu monter longtemps, pour arriver au Lago Bianco, qui semble encore pris dans les glaces.

Quelques champs de neige à traverser, bien sûr, mais de la neige compacte, régulière, sans surprises, si ce n’est, lorsque le soleil brillait juste au-dessus, un blanc un peu trop éblouissant.

La descente, tranquille, elle aussi.

Mais les nuages se sont rassemblés, pour cacher la Bernina, dans un premier temps…

… puis pour donner une averse d’une bonne demi-heure, qui s’est arrêtée peu avant que j’arrive à l’Hotel Station.

Vingt-quatrième journée

Tirano – Poschiavo, par Roncaiola, La Dogana, Viano, Ginetto, Garbella, Cantone, Pagnoncini et Annunziata.

La montée, au-dessus de Tirano, était encore plus rude que celle d’hier. Un chemin, pavé de pierres irrégulières – et parfois glissantes, suite aux précipitations de la nuit – s’élevait sans ménagement, tandis que des gouttes de sueur dégoulinaient de ma barbe.

Au bout d’une bonne heure et demie, l’ascension s’est calmée. Mais des nuages annonçaient une autre sorte de gouttes.

Cela n’a pas manqué. Peu après La Dagona, la pluie s’est mise à tomber.

Sur la route qui descendait de Viano, les rigoles aménagées le long de la chaussée ne suffisaient pas pour évacuer l’eau. Elle s’écoutait sur la route en dessinant de vastes vagues arrondies, que je m’amusais à rattraper.

Après la route, un chemin forestier dans les rochers couverts de mousse, toujours sur fond de pluie et de brouillard.

Par moments, la pluie se faisait moins intense. Mais c’était pour repartir de plus belle. La première fois, on enlève – puis remet – le capuchon de sa pèlerine. A la longue, l’humeur s’enduit d’une sorte de fatalisme… qui disparaît pourtant au séchage, une fois le soleil revenu…

… quelques kilomètres avant Poschiavo, où j’ai choisi de m’arrêter à l’Hotel Suisse, en référence à l’hôtel du même nom que tenaient mes arrières grands-parents à l’autre bout du pays.

Vingt-troisième journée

Edolo – Tirano, par Costa, Baite Bissà, Lagazol, Biolo et Sernio.

Le soleil et le ciel bleu étaient visibles de partout, ce matin à Edolo, même depuis les étroites ruelles du haut du village.

Rapidement, la route s’est mise à grimper, heureusement pas toujours au soleil. La vue s’élargissait à chaque fois qu’on quittait la forêt quelques instants.

La montée était rude. Mais cela ne m’a pas empêché, une fois arrivé au sommet, de lancer un dernier regard vers la vallée de l’Oglio…

… pour ensuite me retourner vers de nouvelles montagnes.

La descente sur Tirano était longue. Sur le premier quart, un chemin mal balisé m’a tenu concentré.

Mais la suite, sur une route aussi calme que sinueuse, m’a plongé dans une sorte de somnolence méditative, inspirée par l’interférence entre le rythme de mes pas et celui de mes bâtons étaient. Juste, pour m’en distraire, ici un écureuil, là quelques gouttes de pluie et deux voitures.

Peu avant l’entrée d’Edolo, la pluie est devenue vraiment menaçante. J’ai eu beau sortir de ma rêverie et presser le pas, il m’a fallu enfiler ma pèlerine pour arriver au sec au Caffe Merizzi, d’où on me guiderait à ma chambre Bernina Express.